Célébrer la vie en nous

et au-delà de nous

En RDC, ce type de pratique constitue un genre poétique, qui porte le nom de kasàlà. Le kasàlà se pratique, sous des formes variées, dans toute l'Afrique subsaharienne, sous diverses appellations : Vivugo (en Tanzanie), Amazina (au Rwanda), Izibongo (en Afrique du sud), Oriki (au Nigeria), Bàkku (au Sénégal), etc. On le retrouve souvent dans la poésie des Afro-descendants en Amérique. Il s'agit, en somme, de l'éloge poétique de l'autre et/ou de soi.

À ce propos, une forme typique du kasàlà contemporain, développée au cours d'une longue pratique, correspond à la formule K=A+S (où A est la célébration de l'autre au sens le plus large, et S la célébration de soi). Signalons d'emblée que la particularité d'une formule est d'être le plus condensée possible. En effet, les noms poétiques (ou noms de force) qui sont l'essentiel d'un kasàlà sont eux-mêmes des formules condensées. S porte le nom de "signature" poétique. Cela étant, rien n'empêche de créer juste la partie A ou la partie S. Par ailleurs, A et S peuvent être intervertis et répétés à l'intérieur du poème. S, développé isolément, peut donner lieu à un curriculum vitae poétique ou à une autobiographie poétique. Par poétique, on entend un texte sobre, condensé, exempt de bruit, qui ne dit que l'essentiel et fait appel à divers procédés poétiques pour émouvoir, pour convier l'auditeur ou le lecteur à l'expérience artistique, à l'émerveillement. C'est notamment l'utilisation judicieuse de noms poétiques qui favorise la concision et le silence.

Le kasàlà, tel que nous le pratiquons et l'enseignons aujourd'hui, est issu de l’examen comparatif des littératures et de la pensée africaines. Enrichi de ce que d'autres peuples du monde ont de plus noble, il est un moyen de dire la philosophie, l’ubuntu, la beauté, la gratitude, la politique ou la dignité, tout en d’exhortant la personne à l’action sur soi et sur la société. Il est une posture d’émerveillement et de célébration de la vie dans ses multiples manifestations. Il est aussi une méditation sur la vie en tant que phénomène. Autrement dit, il est une voie.